C’est la « nouvelle drogue » des adolescents : le gaz hilarant fait fureur parmi les jeunes, notamment dans le Nord, où les élus tirent la sonnette d’alarme. Car ce protoxyde d’azote, utilisé en cuisine, notamment pour faire de la chantilly, n’est pas sans danger.
Affalé sur le trottoir d’un quartier populaire de Lille (Nord), les yeux brumeux, Yacine regonfle son ballon orange, « crackant » une nouvelle cartouche de « gaz hilarant ». « J’en ai plus que trois, et toi ? » lance-t-il à son ami, 16 ans à peine. Autour d’eux, dans le caniveau ou sur le parking, une dizaine de ces douilles de métal argenté étincellent au soleil.
« Il y en a partout ! », déplore Dominique Baert, maire de Wattrelos (divers gauche). Dans sa commune comme dans toute l’agglomération lilloise, les élus voient, depuis un an, « croître leur nombre de manière exponentielle ». « Les services en ramènent des sacs entiers, c’est panique à bord », lâche-t-il.
Car ces capsules, vendues en supermarché pour quelques euros, contiennent du protoxyde d’azote. Un gaz utilisé en cuisine, notamment pour faire de la chantilly, et dans le milieu médical, mélangé à de l’oxygène, pour ses propriétés anesthésiantes. Mais détourné de son usage et inhalé pur, il peut avoir des effets excitants et euphorisants.
« C’est la nouvelle drogue des adolescents ! Des directrices d’écoles m’ont alerté : sur le parking jouxtant une école élémentaire, des anciens élèves, âgés de 13 ou 14 ans, viennent régulièrement consommer des cartouches, les proposant aux plus jeunes », raconte l’élu. « Elles sont faciles à se procurer et deviennent, peu ou prou, une drogue du pauvre », ajoute-t-il. « C’est de la mort en boîte ».
Souhaitant lancer un « cri d’alerte » et devant un « vide juridique », Dominique Baert a récemment décidé, rejoint par le maire de La Madeleine, Sébastien Leprêtre (divers droite), de prendre un arrêté municipal interdisant, notamment, la vente et le don de ce produit aux mineurs.
« Ce que je veux, c’est envoyer un double message. D’abord au législateur, qui ne prend pas ses responsabilités, et aux jeunes, pour leur dire "arrêtez de vous foutre ce truc dans la bouche" ! », explique Sébastien Leprêtre, qui souhaite aussi permettre aux forces de l’ordre de « juguler » le phénomène.
Interpellés par les habitants, des députés et sénateurs ont déposé deux propositions de loi en ce sens. « Il faut aussi apposer un pictogramme, indiquer que c’est dangereux ! », plaide l’un d’eux, Ugo Bernalicis, député LFI du Nord.
Pour Rammy Azzouz, médecin au centre antipoison du CHU de Lille, si avec « huit grammes de protoxyde par cartouche », la toxicité immédiate « est faible », le produit pris de façon chronique et à forte dose peut entraîner des « effets neurotoxiques », allant de fourmillements à des troubles de la mémoire voire au décès. « Des lésions de la moelle épinière » peuvent apparaître « à partir de 50 à 100 cartouches sur quelques semaines ».
Si plusieurs cas de décès ont été recensés à l’étranger, aucun n’a été officiellement enregistré en France (un cas suspecté). Aucune étude n’a permis, à ce jour, de mesurer la consommation réelle sur l’ensemble de la population.